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Sep 13

Philippe Ris

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Une vision industrielle (numérique ?) pour la France

hollandeHier, le président Hollande a donné sa vision de l’engagement de l’État en matière industrielle.

En dehors de toutes considérations politiciennes, ce qui est intéressant ici, c’est déjà que l’État affiche une ambition de développement en la matière. Il faudra voir ensuite la réalité et le bien-fondé de cette vision, mais au moins nous sommes dans une idée de construire et de (re)conquérir.

Pour ce qui est du numérique, dans la présentation de cette ambition, on a pu également entendre des passages très en phase avec l’époque (on y a parlé nouvelle France industrielle, nouvelle entreprise, imprimante 3D, …) mais parfois avec d’étranges accents anachroniques (les termes d’intelligence artificielle et de super-calculateur qui rappellent étrangement l’époque où l’État voulait construire une industrie informatique avec son plan calcul par exemple). Il y a là un je-ne-sais-quoi qui m’inquiète et qui, au-delà de la technologie, tendrait à montrer que si la vision technologique a bien suivi l’évolution du monde, il n’en n’est pas forcément de même pour le modèle économique et l’idée même de ce que sera l’industrie nouvelle génération.

Tout d’abord, dans un article précédent, je rappelais que l’économie numérique présente à la fois des caractéristiques d’économie ultra-libérale (extrême facilité de créer une activité dans un environnement où l’encadrement légal peine à suivre) mais aussi d’économie « marxiste » à cause de la convergence vers une extrême industrialisation de la production des éléments physiques (la logique de concentration devenant tellement critique que l’Etat devrait intervenir pour garantir l’accès aux éléments produits). La politique industrielle s’applique donc à ce dernier élément. Le président ayant rappelé (fort à propos) que ce n’était cependant pas à des ministres ou à des fonctionnaires de se transformer en industriel, les plans annoncés ont été confiés à des professionnels, l’État s’engageant à donner un cap, une impulsion et des fonds.

Tout cela est bien cohérent, oui mais.

Les imprimantes 3D font partie des outils qui effectivement sont à même de révolutionner l’industrie, car (entre autres) leurs caractéristiques permettent de créer des pièces aujourd’hui impossibles à usiner. Par ailleurs, par nature elles ont une incomparable capacité de paramétrage et peuvent très facilement produire des pièces d’une très grande diversité à bas coût. Les seules limites étant l’imagination des concepteurs, le substrat et la taille des pièces. Tout irait bien si ces machines-outils devaient rester, comme aujourd’hui, au sein d’une usine comme dans le modèle traditionnel de l’industrie. Nulle doute que les plus perfectionnées (donc les plus chères) le seront, mais pour nombre d’entre-elles, elles seront au plus près de leurs clients, ce qui change radicalement les choses.

L’intérêt économique de l’hyper-concentration industrielle telle que nous la concevons dans l’ancien modèle (effondrement des coûts via la production standardisée de masse), va sans doute être remplacée par une « industrialisation des producteurs locaux » (petites séries d’objets spécifiques à des coûts très faibles), artisans sans doute, petits commerçants peut-être. Ceci va aussi impacter très fortement le secteur logistique qui livrera moins de produits finis et plus de matière première (pour les imprimantes). Ceci va également dans le sens de l’économie numérique qui est avant tout une économie de service. Or l’artisan a plus de facilités à produire du services que l’industriel.

Nos industriels doivent introduire dans leur réflexion stratégique un modèle économique où ils seront plus des partenaires de production intégrés à une société hyper-connectée à d’autres partenaires (marketing, communication, relations clients, …). Les sociétés de l’ère numérique ne seront plus définies par les quatre murs de leur bâtiments, mais par leurs connexions avec des partenaires. Ce qui me semble erronée dans la vision donnée hier, c’est que l’industrie semble toujours sur le modèle de l’usine qui produit un bien, alors que le bon modèle me semble plutôt celui d’une entité globale intégrant des acteurs complémentaires produisant des services, le bien n’étant que le support matériel (de même que le boîtier ADSL n’est que le support des services internet).

Si cette analyse est exacte, la ré-industrialisation de la France ne sera ni le retour à l’industrie des années 70 ni l’usine délocalisée de ces dernières années, mais bien quelque chose de radicalement nouveau, et pas seulement sur le plan technologique.

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