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Nov 15

Philippe Ris

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Une baisse des investissements : vraiment ?

ccommons-Argonne-National-Laboratory-bandeauDans un article précédant je m’interrogeais sur un possible biais qui affecterait les statistiques d’inflation. J’y introduisais l’idée que certains mécanismes de l’économie numérique pouvaient statistiquement cacher de la création de valeur car cette valeur n’était pas monétisée.

Je reviens ici sur une idée connexe suite à la publication des dernières statistiques économiques montrant entre autres que l’investissement continuait de reculer en France.

L’interrogation part d’un constat dans le domaine qui est le mien, à savoir le conseil aux entreprises pour leur permettre de passer de « l’ancienne informatique » à l’économie numérique. Dans ce cadre il m’arrive régulièrement de conseiller ces entreprises lors du renouvellement de tout ou partie de leur système d’information. Une des questions récurrentes étant de savoir s’il faut rester dans l’ancien modèle (et investir sur du nouveau matériel géré en propre) ou passer à un hébergement en mode location d’infrastructure (PaaS / IaaS) voire de services métiers (SaaS).

À ce jour, je constate que la majorité de mes clients passent au modèle hébergé. Le coût du service final étant généralement équivalent tout en étant amélioré. Statistiquement, cela devrait signifier que ces sociétés ont renouvelé peu ou prou leur investissement d’il y a 5 ans (c’est à peu près le délai de renouvellement de ces matériels). Or comptablement ce n’est généralement pas le cas car hormis la prestation de migration, le service rendu dans le « cloud » est facturé en fonctionnement, pas en investissement. Il existe des exceptions dans le cas d’un recours à des aides publiques au financement qui sont attribuées pour de l’investissement et pas du fonctionnement.

Par ailleurs, l’évolution de l’offre numérique permet de payer une consommation à la demande très proche de l’optimal alors que dans un modèle d’investissement informatique classique il faut payer une puissance de calcul calibrée sur la demande maximale sur 5 ans, ce qui impacte notablement la rentabilité de l’investissement.

Il est alors légitime de se demander si, à service rendu égal, une large part de l’investissement des entreprises sur leur système d’information ne disparaît pas purement et simplement des statistiques. Ceci pourrait être compensé par un investissement dans les datacenters, mais d’une part tous les datacenters utilisés par des sociétés en France ne sont pas en France et d’autre part, la technologie permet de rationaliser l’utilisation des machines et donc, à service consommé égal, elle permet d’investir moins dans des machines (il s’agit là d’un mécanisme classique d’industrialisation et d’innovation).

Le phénomène s’arrête-t-il à l’informatique (ce qui limiterait l’impact statistique) ? Très probablement pas. Nous consommons de plus en plus de services numériques qui sont eux-même le résultats d’agrégats de services numériques. Aujourd’hui il est tout à fait envisageable de créer ex-nihilo une société (quelle que soit son activité) qui ne serait qu’un agrégat de services numériques propulsés un peu partout sur la planète, avec pour seul investissement un PC à 500€ acheté dans le magasin d’informatique du coin. Dans l’ancien modèle économique une telle société aurait sans doute dû investir énormément dans son informatique pour arriver au même résultat.

En conclusion, pour une même valeur d’usage, un phénomène de transfert de l’investissement informatique vers des dépenses de fonctionnement numérique est à l’œuvre. Ce phénomène impacte probablement la majorité des sociétés engagées dans une modernisation numérique. L’interprétation des statistiques sur l’investissement semble alors beaucoup plus délicat et ne permet pas d’avoir une idée précise du niveau de santé des entreprises.

Il n’est pas impossible que les sociétés, en particulier celles qui ont engagé un changement numérique de leur modèle économique, aillent beaucoup mieux que ce que relèvent les statistiques.

_______

Pour aller plus loin :

  • Les investissements économiques en France depuis 2000 (sources INSEE) :

 

Taux de marge et taux d’investissement des sociétés non financières en 2013
en %
Taux de marge (1) Taux d’investissement (2)
(1) : excédent brut d’exploitation (EBE) / valeur ajoutée brute (VA).
(2) : formation brute de capital fixe (FBCF) / valeur ajoutée brute (VA).
Champ : France, sociétés non financières, hors entreprises individuelles.
Source : Insee, comptes nationaux – base 2010.
2000 32,7 21,9
2001 32,8 22,1
2002 32,2 21,0
2003 32,4 20,4
2004 32,5 20,6
2005 32,4 20,9
2006 32,7 21,5
2007 33,5 22,6
2008 33,1 23,3
2009 30,9 21,5
2010 31,6 22,1
2011 31,2 22,7
2012 30,6 22,7
2013 29,7 22,5
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Lien Permanent pour cet article : http://www.ecole-management-numerique.com/2014/11/15/une-baisse-des-investissements-vraiment/

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