«

»

Juin 20

Philippe Ris

Imprimer ceci Article

Les startups, une économie entre fantasme et nécessité

Une belle histoire

WhatsApp_logo-color-vertical.svgIl ne se passe pas un jour sans que la presse ne nous vante les mérites et les espoirs liés à la création de startups. Cela est à la fois alimenté par des réflexions économiques (n’assistons-nous pas au triomphe de l’innovation et de la création destructrice chères à Joseph Schumpeter ?) et également par quelques sucess-story aussi flamboyantes qu’irrationnelles (WhatsApp, société de 55 employées rachetée 13 milliard USD par exemple).

L’ère de l’économie numérique qui s’ouvre ne serait donc plus constituée que de deux types de sociétés : les startups surgies de nulle part en quelques années et les mastodontes capables de les racheter au bout de 3 ou 4 ans d’existence (5 ans pour WhatsApp).

Or si comme pour l’Euro Millions tous les gagnants ont parié, tous les joueurs n’ont pas gagné. Et au-delà, il n’y a pas une absolue nécessité de participer au grand jeu des startups pour entrer de façon gagnante dans l’économie numérique.

Ceux qui jouent

survival-by-sector

Taux de survie des nouvelles entreprises à 5 ans (source US : Census Bureau’s Business)

Considérons d’abord ceux qui jouent. Il est assez difficile de trouver des chiffres significatifs et clairs. Si l’INSEE donne un taux de survie d’environ 50% au bout de 5 ans, le détail est flou entre le modèle de la startup numérique, les classiques commerces locaux ou encore les filiales de grosses entreprises. Selon certaines études, le taux réel d’échec des entreprises crées dans ce modèle numérique serait plutôt de 80% (aux États-Unis) et certains ont même inventé la formule choc « votre startup va mourir dans 8000 heures ».

En clair et de façon savante, si l’heuristique de disponibilité nous fait rêver sur les gains du loto l’avenir probable d’une jeune entreprise de l’économie numérique c’est de mourir… avant de recommencer sur autre chose. Il ne s’agit pas d’un échec, simplement d’une étape très probable.

Ceux qui ne jouent pas

Mais le point qui me paraît important concerne ceux qui ne jouent pas, à savoir les commerçants, artisans, TPE, PME et autres professions libérales déjà existants. Si je ne peux que leur déconseiller de se lancer dans une aventure startup pour les raisons que j’ai invoquées, l’économie numérique est bien un monde pour eux, voire d’abord pour eux.

Ces acteurs économiques en place ont généralement un vrai métier et un vrai savoir-faire dans « l’ancienne économie ». Ce qui leur manque, c’est à la fois la compréhension des nouvelles règles économiques (nouveaux usages, nouveaux modèles) et les outils pour y aller.

Dans leur cas, il y a clairement une nécessité d’entrer dans l’économie numérique, mais sans passer par le fantasme de la startup et sans chercher à s’engager dans le développement numérique d’une idée qui pourrait les faire gagner au grand loto moderne. Elles peuvent tenter l’aventure mais dans ce cas qu’elles se souviennent qu’elles ont 80% de probabilité d’échouer et peut-être d’entraîner la structure qui les a fait vivre jusqu’ici dans l’abîme.

Comment y aller ?

La compréhension des nouveaux usages et des nouveaux modèles est à chercher du côté des sociétés de conseil qui se sont engagées depuis un certain temps dans cette économie et à ce titre peuvent afficher un vrai savoir-faire. Ensuite, lorsque les acteurs plus institutionnels comme les chambres professionnelles et acteurs publics seront prêts, les dirigeants pourront également se tourner vers eux.

Pour la partie opérationnelle, la façon viable et pérenne à mes yeux d’entrer dans le monde numérique est le partenariat. Les entreprises ont depuis longtemps l’habitude de se tourner vers des experts-comptables, de louer des locaux ou leur matériel, de travailler avec des VRP, et de façon générale de réaliser une partie des fonctions nécessaires à leur activité avec un ou plusieurs fournisseurs élevés au rang de partenaire.

L’erreur classique est de croire qu’en matière numérique ce modèle de partenariat n’a pas de sens et que l’on est soit dans un contrat peu engageant soit qu’il est simple de le faire soit-même.

Les deux approches sont aussi désastreuses l’une que l’autre. Ne pas comprendre l’aspect très engageant de la relation c’est se retrouver par exemple dans la situation des hôtels qui font face à quelques sociétés d’e-marketing qui ont réussi à verrouiller leur marché, qui absorbent la majeure partie de leur marge et qui en plus sortent l’argent produit offshore. Ce modèle est totalement perdant pour l’économie française. Pour éviter cet écueil, il est impératif de vérifier que le partenariat est réel et insister pour inclure une clause d’exclusivité sur des éléments bien définis.

L’autre approche qui consiste à vouloir y aller seul (ou avec « l’ami qui s’y connaît ») est tout aussi mauvaise. Nous ne sommes plus au début de la rupture numérique où il suffisait de savoir aligner quelques lignes de codes html pour être présent. Aujourd’hui, il faut pouvoir maîtriser la technologie, comprendre les usages, comprendre les modèles économiques et s’adapter au rythme extraordinaire du changement.

Le monde numérique est devenu un champ professionnel mêlant technologie, usages et stratégie, et ce n’est en général pas celui des sociétés qui en ont besoin. C’est pourquoi le partenariat est indispensable.

Conclusion

L’économie numérique nous raconte de belles histoires de startups et effectivement ces nouveaux acteurs pèsent dans le monde qui se construit. Mais la place principale est et doit rester aux sociétés déjà existantes qui doivent et peuvent s’adapter.

Ne faites pas comme les imprimeurs hier, les taxis aujourd’hui ou les hôtels demain, entrez avec force et rationalité dans ce monde qui se construit.

Share

Lien Permanent pour cet article : http://www.ecole-management-numerique.com/2014/06/20/les-startups-une-economie-entre-fantasme-et-necessite/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  • RSS
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • DailyMotion