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Oct 24

Philippe Ris

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Le printemps numérique : n’ayez pas peur !

cjd-octobre-2013Joli titre, mais il n’est pas de moi. C’est en fait le titre du dossier consacré au numérique par le magazine Jeune Dirigeant.

C’est peu de dire que j’ai été ravi de découvrir ce numéro alors j’ai décidé d’y consacrer une petite synthèse commentée (pas de tous les articles, je m’en excuse par avance).

Le management numérique est-il à inventer ? (édito de Ch. Praud)

Certes, le numérique introduit nombre d’outils et d’usages nouveaux dans l’entreprise, mais en matière de management, l’essentiel est-il dans l’outil ? Le management n’est-il pas par essence une adaptation continue basée sur quelques éléments fondamentaux, invariants : écoute, dialogue et partage de la stratégie d’entreprise ?

Je partage largement ce point de vue, mais il me semble que le manager doit apprendre à comprendre la nature des changements induits par le numérique et surtout comprendre les nouvelles grilles de décodage imposées par cette révolution. Ce que nous tenions comme acquis dans l’ancien monde ne l’est plus nécessairement, la vision hiérarchique classique de l’entreprise par exemple est fortement questionnée.

Le numérique en Afrique (St. Le Devehat)

Il peut paraître un peu surprenant de prime abord de passer par l’Afrique pour comprendre l’impact de la révolution numérique chez nous. Pourtant, alors que nous concevons le progrès comme une successions d’étapes aussi logiques que nécessaires, on constate que l’Afrique a bel et bien pris le virage de la révolution numérique sans être passée par la révolution industrielle. Voilà un élément qui plaide pour la nature disruptive de ce que nous vivons et pas comme une évolution linéaire classique. Par ailleurs, là-bas comme ici, le passage à une « e-société » ne semble contraint que par une chose : l’accès au réseau. Dès que cet obstacle est franchi, l’histoire semble pouvoir évoluer à une vitesse fulgurante.

Encore du chemin numérique à parcourir (interview de F. Pellerin)

De façon surprenante là aussi, l’interview s’engage sur le « big data » (la collecte et le traitement de la somme faramineuse de données générées à chaque instant). La ministre met en avant la nature stratégique de la capacité d’une entreprise à traiter ces données. Ceci est exact, mais au-delà de la capacité à faire ces traitements, il me semble que c’est aussi la marque d’une profonde évolution du mode de pensée. En France tout particulièrement, nous sommes formés au cartésianisme, nos productions sont des enchaînements logiques, linéaires et prévisibles (newtoniens). Avec le big data, nous devons apprendre à penser et créer selon un mode de « probabilités » et de tests. L’ingénieur prudent et rigoureux devient expérimentateur.

La ministre insiste ensuite sur les usages plus que sur les outils. Elle a oh combien raison. Nous avons aussi constaté dans le cadre de nos activités de conseil que le numérique est en fait une fusée à trois étages : les outils (le smartphone remplace le téléphone par exemple), les usages (avant je téléphonais maintenant je peux faire aussi du shopping, de la gestion de stock, de la visioconférence, …) et in fine les nouveaux modèles (quels sont les nouveaux produits, que devient mon organisation, comment est-ce que je conçois une entreprise dans une économie numérique ?).

Elle conclut sur un constat : le numérique impacte toutes les entreprises, petites ou grandes, et cela presse !

La révolution est en cours (interview de P. Gattaz)

Le nouveau patron du MEDEF identifie clairement le numérique comme une révolution pour l’entreprise et il est plutôt optimiste sur leur capacité à s’y adapter. Pour ma part, je serais plus prudent car si effectivement nous sommes plutôt dans le peloton de tête en matière d’équipement (les outils), je ne suis pas sûr que nous allions assez vite en matière d’usage et pire encore, de modèle économique numérique. Or en économie numérique, le premier qui trouve le bon modèle devient généralement le leader hégémonique. Un travail en profondeur doit être fait, en particulier auprès des PME et TPE.

Conclusion

Lorsque j’ai créé Auris Solutions en 2009, la révolution numérique apportée par la transition de la vieille informatique vers les services en ligne, le « cloud » (ce nom n’était même pas évoqué à l’époque !) était un pari. Aujourd’hui c’est un fait qui s’est imposé à tous avec une vitesse incroyable et qui n’en finit pas d’ouvrir le champ des possibles. Michel Serres présente le numérique comme la troisième révolution après l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie. En fait, c’est même sans doute plus que cela car on couple en quelques années une révolution conceptuelle (écriture vs hypertexte multimédia) et technologique (imprimerie vs internet, moteurs de recherche et plus généralement outils d’aide à la connaissance et bientôt à la réflexion). Cela a des impacts profonds sur l’individu, la société et bien sûr l’économie.

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