«

»

Mar 15

Philippe Ris

Imprimer ceci Article

Economie numérique : savons-nous encore compter ?

Dans le cadre de ma veille économique et technologique, je reçois régulièrement des études sur le marché du Cloud Computing et du SaaS (Software as a Service, ou en simplifié un service payant ou gratuit sur internet).

smithwon011frontispieceÉtude après étude, je constate avec une certaine satisfaction que ce marché progresse à très grande vitesse et je me souviens du temps pas si lointain (4 ans), où ce n’était qu’un pari que je faisais sur l’avenir. Mais parallèlement, à chaque fois ces études m’interpellent dans le sens où je suspecte très fortement que la valeur affichée par la performance de ce marché numérique ne reflète que très partiellement la valeur équivalente dans l’ancien marché informatique.

Je m’explique.

Il y a un an par exemple, ZDNet faisait état d’une étude Gartner qui montrait que le SaaS affichait une progression de 17,9% là où le logiciel classique se contentait de 1%. Dans la même veine, je lisais il y a quelques jours une info qui indiquait que le SaaS pesait maintenant près d’un milliard d’euros en France. Or je suis à peu près certain qu’un milliard d’euro « vieille informatique » n’est pas équivalent à un milliard d’euros « économie numérique ». L’offre numérique du cloud computing est en effet beaucoup plus industrialisée que l’offre classique : dans bien des projets, on a remplacé l’équipe d’informaticiens chargée d’intégrer le nouveau logiciel par un simple click & pay ! Il y a donc dans ces cas, destruction pure et simple du coût d’intégration. Par ailleurs, comme les solutions sur le cloud sont standard et très largement mutualisées, leur coût de possession chute également fortement (sans oublier que l’on paie à la consommation et non sous forme d’investissement). Face à ces coûts en baisse, les décideurs ne choisissent d’ailleurs pas forcément de baisser leur budget en conséquence et ils préfèrent souvent augmenter les fonctionnalités à iso-coût. En somme, pour un même type de projet informatique, un euro dépensé reste un euro, mais à un coût d’intégration largement inférieur et pour des fonctionnalités largement supérieures. La valeur de ce qui est possédé en économie numérique est en fait probablement largement supérieure à la valorisation en euro faite par rapport au vieux modèle informatique !

Mais cela ne s’arrête pas là ! En effet deux éléments singuliers de l’économie numériques viennent troubler un peu plus le décompte de notre richesse. La première est que le coût marginal en économie numérique a une forte tendance à devenir nul. Cet élément favorise le développement d’un second aspect, le modèle freemium, qui permet de proposer une gamme de services dont l’entrée est gratuite, réellement gratuite. Or ces services ont beau être gratuits, pour la plupart ils ont une valeur parfois très importante pour leurs utilisateurs, dont les entreprises. Que vaut gmail pour votre communication ? Que vaut wikipédia et consors pour votre base de connaissances ? Que valent les forums techniques pour vous équipes ? etc…

J’avais écrit il y a quelques temps un article intitulé « Le monde sans google« . Nous sommes toujours dans la même problématique : le numérique pénètre à grande vitesse dans notre économie, nous voyons nos outils, nos usages et nos modèles se transformer, mais comment le mesurer ? S’agit-il là d’une amplification du paradoxe de Solow ? S’agit-il d’un mouvement encore plus profond qui rend extraordinairement complexe la valorisation monétaire de la richesse ? Je ne me risquerai pas à répondre à cette question ici, mais il semble que nous pouvons quand même en tirer une conclusion optimiste : l’économie va sans doute mieux que les chiffres ne le laissent paraître !

Share

Lien Permanent pour cet article : http://www.ecole-management-numerique.com/2013/03/15/economie-numerique-savons-nous-encore-compter/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  • RSS
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • DailyMotion