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Oct 19

Philippe Ris

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Le Monde sans google

Dans l’article que j’ai publié la semaine dernière sur lesechos.fr, j’avais écrit la chose suivante  » (…) certains éléments (réseaux, moteur de recherche) deviennent à ce point critiques que les états devront forcément en garantir la disponibilité (ce sont de facto des services publics). »

L’actualité de cette semaine me donne l’occasion de rebondir sur cette phrase et d’essayer d’esquisser l’importance économique qu’à pu prendre google (et quelques autres) avec son offre.

L’actualité c’est le bras de fer qui a commencé entre google d’un côté et les Etats européens poussés par les éditeurs de journaux. En effet, au nom de la propriété intellectuelle, une nouvelle loi est en gestation pour récupérer des droits d’auteurs des textes publiés par le moteur de recherche (google ou un autre d’ailleurs). On touche là à un très vieux problème tout à la fois économique, philosophique et juridique. Pourquoi les moteurs de recherche échapperaient-ils à ce droit qui marchait si bien jusqu’ici ? En fait pour plusieurs raisons, ils « perturbent » les équilibres qui prévalaient jusqu’ici et qui les justifiaient sans problème.

D’abord, contrairement à la distribution des œuvres sur support matériel, l’accès à l’œuvre est gratuit en numérique, et si l’éditeur du service se rémunère grâce au moteur de recherche, c’est de façon indirecte. Il n’est pas simple de justifier des royalties sur un service gratuit en allant les chercher sur un service connexe.

Le droit d’auteur pouvait aussi se prévaloir d’une « mission de participation à la diffusion de la culture ». Il faut de l’argent pour rendre la culture accessible à tous et produire de nouvelles œuvres, prenons-le sur les ventes. Ici, non seulement il n’y a pas vente, mais objectivement les moteurs de recherche ont une performance inégalée en matière d’accès à la culture.

Enfin, dernier élément plus pervers que Google ne manquera pas d’utiliser : qui dans cette histoire permet à l’autre de se développer ? Les journaux qui apportent aux moteurs de recherche le contenu qui justifie en partie leur présence, ou les moteurs de recherche qui apportent aux journaux des millions de lecteurs arrivant chez eux grâce à la pertinence de leurs algorithmes ?

Cette dernière question me permet d’élargir l’horizon économique du problème. Quel est le poids économique réel de Google, ou dit autrement, quelle part de création de valeur est apportée (in)directement par Google dans nos entreprises. Si demain le moteur de recherche nous déclenchait une grève de la recherche, quelles seraient les conséquences ?

  • plus d’accès aux services gratuits payés par le moteur de recherche : les mails, l’analyse marketing avec analytics, le reseau social google+, … Nous perdrions des fonctions qui sont en support de nos activités.
  • diminution drastique de l’accès à l’extraordinaire bibliothèque d’information du web, il faudrait « à l’ancienne » recourir à des documentalistes à des coûts qui seraient considérés comme rédhibitoires. Nous perdrions une énorme partie de notre savoir.
  • baisse de la connaissance « métier », en particulier des jeunes embauchés qui grâce à ces outils ont accès gratuitement en quelques minutes à l’expérience d’experts techniques échangeant sur des forum. Nous perdrions une partie de notre savoir-faire.
  • etc…

Google apporte à l’économie de la valeur à la fois à travers la richesse fonctionnelle de ses outils et par l’accès gratuit à un niveau de savoir et savoir-faire inédit dans l’histoire de l’humanité. Il y a bien un problème Google, mais c’est un problème lié à l’importance prise silencieusement et gratuitement par ce service. Nous sommes vraiment dans le cas où un acteur privé a construit un nouveau service public, celui de l’accès universel à la connaissance.

Plutôt que de travailler sur la taxation de ce service, les États feraient mieux de se concentrer sur sa sécurisation.

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